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Maison de Jeanne 94 (L)

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94 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

Fixé dans l'Ermitage où Jeanne m'appelle,
Si plein du souvenir d'un courage si beau,
J'entourai de respect sa modeste chapelle,
Passant, qui que tu sois, respecte mon tombeau.
C. L. MOLLEVAUT, de l'Institut (1). Aujourd'hui, le domaine de Notre-Dame de Bermont appartient à M. Louis Sainsère qui conserve religieusement l'héritage de son oncle, et dont l'unique désir serait de voir cet asile converti soit en un lieu de retraite où quelques prêtres âgés vivraient paisiblement, soit en un orphelinat où des jeunes filles modestement élevées sous l'égide du grand nom de Jeanne d'Arc, apprendraient à vénérer mieux encore la mémoire de celle qui fut, pendant sa trop courte existence, un si beau modèle de patriotisme et de vertu.
Voilà ce qu'il m'a été donné de voir dans ce premier voyage à Domremy, et, pendant que je contemplais chacun de ces endroits, j'éprouvais le sentiment que M. Ch. Charton a si bien rendu quand il écrivait : « La vue de cette maison rustique, rappelant des souvenirs si glorieux et si tristes à la fois, impressionne vivement l'âme et la livre à de douloureuses réflexions. Toute la vie de l'héroïne se reproduit à l'esprit. On la voit naître et grandir dans cette chambre obscure et noircie par le temps ; on la voit conduire son troupeau dans les champs de Domremy, se reposer sous l'Arbre des Fées, prier dans la Chapelle Sainte-Marie et y prêter l'oreille aux voix mystérieuses qui lui expliquent sa sainte et patriotique mission. On la voit
(1) M. Mollevaut (Charles-Louis), littérateur et poète, né à Nancy en 1796, mort à Paris en 1844, était parent de M. Sainsère. L'ayant précédé de quatre années dans la tombe, il a du composer ces vers du vivant même de M. Sainsère.

LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY 95

pleine d'enthousiasme, d'espoir et de résolution partir avec le sire de Baudricourt pour rejoindre Charles VII, s'armer de l'épée de Fierbois, se saisir de sa bannière fleurdelysée, se mettre à la tête de l'armée française, battre les Anglais, délivrer Orléans et faire sacrer le roi dans la cathédrale de Reims. Puis on la voit malheureusement tomber au pouvoir de l'ennemi, comparaître devant le plus inique des tribunaux, accepter avec résignation la plus révoltante des sen- tences et monter sur le bûcher de Rouen pour être brûlée comme sorcière sans que son roi fasse le moindre effort pour la sauver » (1).
Ce sentiment s'est accentué plus vivement encore le jour ou je suis rentré dans la ville dont le sort était l'unique préoccupation de Jeanne d'Arc et pour laquelle, elle s'est si généreusement vouée à la mort (2);
(1) Les Vosges, Mirecourt 1884, p. 348.
(2) En l'an MCCCCXXX, le XXIIIe jour du dit mois de may, raconte Perceval de Cagny, historien du xv° siècle, né en Beau- vaisis, la Pucelle estant au dit lieu de Crespy, sceut que le duc de Bourgogne, et grand nombre de gens d'armes et autres, et le conte d'Arondel, estoit venu assegier la ditte ville de Com- piengne. Environ mienuit, elle partit du dit lieu de Crespy, en sa compaignie de trois à quatre cens combatans. Et combien que ses gens lui deissent que elle avoit pou (peu) gens pour passer parmi l'ost (l'armée) des Bourgignons en Englois, elle dist: «Par mon martin (c'est ainsi qu'elle appelait son bâton), nous suymes assez; je iray voir mes bons amys de Compiengne. »> Elle arriva au dit lieu environ solail levant. »
Dans son premier interrogatoire secret du 10 mars 1434, Jeanne d'Arc dit qu'elle entra dans Compiègne à l'heure secrète du matin; venit de mane, hora secreta.» On se rappelle aussi qu'au moment où Jeanne d'Arc fut enfermée au château de Beaurevoir, elle chercha à s'évader en sautant du haut d'une tour. Interrogée le 14 mars 1431, sur la cause qui l'avait déterminée, elle ré- pondit : « J'avais ouï-dire que ceux de Compiègne, tous jusqu'à l'âge de sept ans, devaient être mis à feu et à sang; et moi, j'aimais mieux mourir que de vivre après une telle destruction de bonnes gens. » Et plus loin quand on lui demanda : « N'avez-vous pas dit à Sainte Catherine et à Sainte Marguerite des


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