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Maison de Jeanne 86 (L)

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86 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

par deux croix qui n'existent pas, et de la ponctuer de dix-huit points dont il n'y a pas trace sur le bronze, ce qui fait de chacune des lettres autant d'initiales propres à exprimer les choses les plus contraires. Plus ingénieux, ou plus hardis encore dans l'interprétation que dans la lecture des caractères, ils en ont fait une louange en l'honneur de Jeanne d'Arc dont l'époque est postérieure de plus d'un siècle à l'âge de la cloche. Nous laissons donc aux savants de l'avenir le soin d'expliquer cette inscription, à ceux, disons-le, qui voudront bien l'examiner de leurs yeux, sans préoccupations étrangères, et surtout sans idées préconçues (1).
M. Léon Germain, qui s'est livré à de nombreuses recherches sur les anciennes cloches lorraines, partage cette opinion:
« Vu ses caractères minuscules gothiques, dit-il, nous placerons vers le xv siècle, bien que quelques-uns la jugent plus ancienne, la cloche de la Chapelle de Bermont, où aimait à prier Jeanne d'Arc...
« Comme l'épigraphie campanaire n'a guère em- ployé la minuscule avant le XVe siècle, nous ne pensons pas que cette cloche soit antérieure à Jeanne d'Arc ; cependant il serait absurde de prendre chacune des lettres pour l'initiale d'un mot, et surtout d'y chercher l'éloge d'une héroïne, assurément sainte, mais qui n'a pas encore été proclamée telle par l'Eglise; nos pieux ancêtres ne se seraient pas permis une inconvenance de ce genre. Les fondeurs de cloches n'avaient parfois qu'une très sommaire instruction littéraire ; soit par maladresse, soit par ignorance, il

(1) Guide et souvenirs du Pèlerin à Domremy, p. 66.

87 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

arrivait souvent qu'on disposait mal les moules des caractères de l'inscription ; il a dû en être ainsi pour
la cloche de Bermont; le commencement ne laisse toutefois aucun doute : c'est par l'Ave Maria que débutait la légende (1). »
L'idée émise par M. Léon Germain à propos de l'époque où la cloche de Bermont aurait été fondue se trouve confirmée par le passage suivant de la Notice sur les Cloches par M. l'abbé Barraud:
« En considérant les inscriptions du XIᵉ et du XIVᵉ siècle, on est porté à croire qu'elles ont été appliquées à l'aide de moules faits exprès pour chaque cloche, mais il est incontestable qu'à partir du milieu du XVᵉ siècle, on a généralement formé ces moules au moyen de lettres mobiles, en bois ou en métal, réunies de manière à composer des mots. » (2).
Et en note, le savant écrivain ajoute : « On ne se sera sans doute servi de lettres mobiles ou isolées pour les inscriptions des cloches qu'après l'invention de l'imprimerie ; on sait qu'on attribue généralement l'idée de faire des caractères mobiles en bois à Laurent Janszoon Coster d'Harlem vers l'an 1437. » (3).
(1) Anciennes cloches lorraines. Loc. cit.
V. aussi une brochure intéressante du même auteur, intitulée : Notes sur l'Ave Maria en Lorraine. Extrait de la Revue de l'Art chrétien, t. IV, 1ro liv., 1886.
A raison des travaux archéologiques auxquels il se livre, M. Léon Germain a été proclamé Officier d'Académie par M. le Mi- nistre de l'Instruction publique le 1er mai dernier, lors de la réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne.
(2) Bulletin monumental 1844, t. 10, p. 118.
(3) Coster (Laurent), né à Harlem vers 1370 et mort vers 1440, serait, suivant les Hollandais, l'inventeur de l'imprimerie. M. Auguste Bernard, ancien imprimeur et archéologue distingué, a combattu cette assertion dans son ouvrage : De l'origine et des débuts de l'imprimerie en Europe, tout en reconnaissant que Coster s'est livré à des tentatives typographiques.


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