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Maison de Jeanne 34 (L)

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34 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

leurs, en février 1429, elle était vêtue de ses pauvres habits rouges de paysanne. Elle quitta dès lors les vêtements de son sexe et ne les reprit que deux ans après, à la veille de son supplice. La Pucelle, avant de partir de Vaucouleurs, se fit couper les cheveux courts et en rond, à la mode des jeunes militaires et revêtit un costume d'homme complet, dont voici le détail chemise, braies ou caleçon; gippon ou justau- corps (espèce de gilet); chausses longues liées au gippon ou par vingt aiguillettes; robe courte tombant jusqu'au genou ou environ; ou environ; chaperon découpé ; guêtres hautes appelées houseaux, serrées sur la jambe; souliers hauts lacés en dehors; éperons. longs; une épée, une dague, une haubert, une lance et le reste du fourniment à l'usage des hommes d'armes. Son chaperon était de laine, et ce premier costume ressemblait à celui « d'hommes de bien simple manière ». Tel fut l'équipage dans lequel elle se présenta devant le roi à Chinon (1).
Jusqu'à présent la plupart des artistes peintres ou sculpteurs, qui ont tenté de reproduire la physionomie si sympathique de Jeanne d'Arc, n'ont pu, malgré leur talent et leurs efforts, arriver à un résultat com- plet. Les uns se sont laissés dominer exclusivement par l'idée religieuse; les autres, par le sentiment chevaleresque; espérons qu'un jour viendra où nous verrons apparaître à nos yeux cet ensemble si poé- tique dans lequel la douceur s'allie à l'énergie; la pieuse inspiration à l'entraînement patriotique, et la sensibilité féminine à l'ardeur guerrière.
(1) Recherches iconographiques sur Jeanne d'Arc. Paris 1855, p. 2.

LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY 35

A défaut d'un portrait authentique de Jeanne d'Arc, les nombreuses dépositions recueillies, surtout dans la procédure relative à sa réhabilitation, ont permis au moins, de reconstituer son caractère et sa manière de vivre depuis son départ de Domremy jusqu'au jour néfaste où elle fut prisonnière.
M. Le Brun de Charmettes (1) a dépouillé avec le plus grand soin cette enquête, et, en s'appuyant sur chaque déclaration dont il donne en note l'indication. précise, afin de permettre de remonter à la source elle-même, il est parvenu à retracer de la vie in- time de Jeanne d'Arc, un tableau d'une fidélité telle, que ce serait en détruire l'harmonie que d'en modifier les termes.
« Elle était, dit-il, très charitable et très généreuse dans ses aumônes, donnant aux pauvres tout l'argent dont elle pouvait disposer. Elle remit souvent, dans cette vue, à Jean de Metz, des sommes prises sur ses épargnes. Quand on l'engageait à mettre des bornes à sa libéralité, « j'ai été envoyée, répondait- « elle, pour la consolation des pauvres et des indigents. >>
« Elle était compatissante, même pour ses ennemis, et avait soin de leur faire administrer les consolations de l'Église, lorsqu'elle les voyait en danger de mourir.
« Elle était de la plus grande sobriété, tant en buvant qu'en mangeant. Aucun être vivant n'aurait pu l'emporter sur elle à cet égard.
« Elle était infiniment chaste et pudique. On entendit très souvent Jean d'Aulon, à qui le Roi avait confié la garde de cette jeune fille, dire qu'il ne croyait
(1) Histoire de Jeanne d'Arc, t. 3, p. 60.


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