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Maison de Jeanne 36 (L)

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36 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

pas, qu'il y eût une femme plus chaste qu'elle au monde. Les Anglais eux-mêmes, dit un historien célèbre de cette nation, ne lui ont jamais rien reproché relativement à ses mœurs.
« On n'a jamais ouï-dire qu'elle se soit entretenu avec aucun homme une fois le soleil couché. Toujours une ou plusieurs femmes partageaient sa couche. Elle préférait que ce fussent de jeunes vierges ; elle ne voulait pas coucher avec de vieilles femmes (1). Quand on ne pouvait trouver des personnes de son sexe pour passer la nuit auprès d'elle, elle reposait tout habil- lée..... (2).
(1) La Chronique de la Pucelle, rédigée sans nom d'auteur à la fin du XVe siècle, raconte ainsi son entrée à Orléans le 29 avril 1429. « Sur ce, elle consentit d'entrer dans la ville, avec ceux qui luy estoient ordonnez, et y entra; et fut reçeue à grand joye, et logée en l'hostel du thrésorier du duc d'Orléans, nommé Jacques Boucher, où elle se fist désarmer. Et est vray que, depuis le matin jusques au soir, elle avoit chevauché toute armée, sans descendre boire ny manger. On luy avoit faict appareiller à souper bien et honorablement; mais elle fist seulement mettre du vin dans une tasse d'argent, où elle mist la moitié d'eau, et cinq ou six soupes dedans, qu'elle mangea, et ne print autre chose tout le jour pour manger ny boire; puis s'alla coucher en la chambre qui luy avoit esté ordonnée; et avec elle estoient la femme et la fille du dict thrésorier, laquelle fille coucha la nuict avec la dicte Jeanne.» (Quicherat, t. 4, p. 219.) C'est ainsi encore, que pendant son séjour à Compiègne, elle partagea son lit avec la fille du Procureur du Roi, chez lequel elle était logée. On lit, en effet, en marge d'un exemplaire des Annales d'Aquitaine, de Jehan Bouchet. (Bil. nat. Rés. L. 359), la note suivante qui date du XVIe siècle : «La dite Pucelle estoit logée au logis du Procureur du Roy du dit Compiègne, à l'enseigne du Boeuf, et couchoit avec la femme du dit Procureur, mère-grand' de maistre Jehan Le Féron, appelée Marie Le Boucher et faisoit souvent relever de son lict la dite Marie pour aller advertir le Procureur que se donnast de garde de plusieurs trahisons des Bourguignons. >>
(2) Louis de Contes page de Jeanne d'Arc, raconte dans sa déposition, que deux jours avant son entrée à Orléans, elle eut

LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY 37

« Quand elle était en armes et à cheval, jamais elle n'en descendait pour aucun besoin naturel, et tous les gens de guerre s'émerveillaient qu'elle pût rester si longtemps à cheval.
« Son air, ses gestes, ses discours, étaient pleins d'honnêteté, de décence et de pudeur, jamais aucun jurement ne sortit de sa bouche ; ses lèvres ne proféraient que des paroles édifiantes et de bon exemple ; elle avait horreur des blasphèmes ; elle haïssait le jeu de dés ; pour rien au monde elle n'eût voulu faire une chose qu'elle eût cru déplaire à Dieu ; c'était en tout, une bonne et honnête créature, de très belle vie, abhorrant le vice, reprenant les vicieux, pleine de modestie et rapportant à Dieu la gloire de tous ses faits.
« Rien n'égalait sa simplicité et même son ignorance, dès qu'il ne s'agissait plus des opérations militaires, dans lesquelles elle se montrait très habile ; car elle s'entendait aussi bien à conduire et à disposer les troupes, à les ranger en bataille, à les animer au combat, que si c'eût été le plus subtil capitaine du monde, et qui eût consacré toute sa vie, à étudier l'art de la guerre. Personne ne montait mieux à cheval, ne se servait de la lance avec plus d'adresse, et surtout ne disposait l'artillerie avec plus d'intelligence. Elle valait à elle seule deux ou trois des plus célèbres guerriers. Elle joignait au courage le plus intrépide, la prudence et la prévoyance, qui semblent
le corps meurtri (multum fuit losa) parce que se trouvant obligée de coucher en pleine campagne, elle ne voulut pas ôter son armure: « quia ipsa cubuit cum armis. » (Quicherat, t. 3, p. 67, M. Boucher de Molandon, première expédition de Jeanne d'Arc, Orléans 1874, P. 48).


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