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Maison de Jeanne 32 (L)

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32 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

ils étaient à peu de chose près coupés à la manière des guerriers du temps. La candeur, l'innocence virginale, une pureté angélique, quelque chose de rêveur, et une teinte de tristesse formaient le caractère de sa physionomie.
« Dans le même tableau, ses mains sont bien faites, quoique les formes en soient plutôt nerveuses qu'arrondies ; ses doigts paraissent longs et effilés.
« Elle avait la voix douce et la parole insinuante. Un gentilhomme de son pays assure, en outre, qu'elle s'exprimait très bien (multum benè loquebatur) (1); on remarquait en elle un si grand sens et tant de circonspection qu'on eût dit qu'elle avait été élevée dans une cour bien réglée, où eussent régné la sagesse et la prudence.
« Elle montait à cheval et portait une lance avec autant d'adresse et de grâce qu'aurait pu faire le meilleur chevalier.
« Enfin, une particularité aussi remarquable semblait, en achevant de l'élever au-dessus de l'ordre commun, rendre manifeste les desseins de Dieu à son égard. Femme par la douceur, la pudeur et la modestie, mais exempte de la plupart des faiblesses attachées à son sexe, elle n'était point non plus assujettie à ce tribut régulier et incommode qui, plus encore que les lois et les usages, interdit en général aux femmes les fonctions que les hommes se sont attribuées. >>
Le docteur Hirzel s'est évidemment inspiré de ce passage, dans la description qu'à son tour il a donnée de Jeanne d'Arc:
(1) Déposition d'Albert de Urchiis, chevalier.

LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY 33

« Elle était belle de figure, dit-il, bien faite, svelte, sans maigreur, assez grande pour son sexe, d'une force et d'une résistance à la fatigue extraordinaires. Elle avait le visage frais et rond ; le front était de moyenne hauteur, et, de ses grands yeux, d'une couleur entre le vert et le bleu clair, s'échappait un regard d'une mélancolie et d'un charme inexprimables. Ses sourcils, finement dessinés, étaient légèrement arqués ; elle avait le nez droit et bien fait, la bouche petite, les lèvres peu épaisses et vermeilles. Son menton n'était pas grand, quelque peu pointu ; le teint de son visage était d'un blanc très mat ; ses beaux cheveux châtain foncé, relevés sur ses tempes, ruisselaient abondamment sur un cou d'une blancheur éclatante ; mais ils s'arrêtaient aux épaules, car elle les avait coupés selon la mode des hommes de guerre. Son visage respirait la candeur, l'innocence et je ne sais quelle tristesse rêveuse ; le timbre de sa voix avait la douceur et la suavité féminines ; son langage portait l'empreinte des plus nobles sentiments, d'une grande dignité et d'une sagacité pénétrante. Silencieuse et laconique dans la vie ordinaire, elle devenait éloquente lorsqu'il s'agissait de parler de sa mission divine. Enfin, bien qu'elle fût exempte des défaillances physiques naturelles à la femme, elle trahissait son sexe par une grande disposition aux larmes et par une sensibilité que la guerre ne pût émousser (1). >>
D'après M. Vallet de Viriville, lorsque Jeanne d'Arc se sépara de ses parents et se rendit à Vaucou-
(1) Johanna d'Arc par le docteur Hirzel. Berlin 1877. Traduction de M. Hipp. Lemaire.


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