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Maison de Jeanne 08 (L)

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8 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

au fond de la vallée qui s'étend de Coussey à Vaucouleurs, apparaît Domremy, avec son modeste clocher.
Situé sur la rive gauche de la Meuse, qui le longe entièrement, ce village, si plein de touchants souvenirs, prend à la vue l'aspect le plus riant et le plus poétique. Trois cent vingt habitants environ y résident, tous gens travailleurs, et tellement paisibles qu'au dire d'un des leurs, « les personnes déjà âgées ne se souviennent pas qu'il y ait eu un seul procès de leur temps » (1).
De la gare de Maxey, pour se rendre à Domremy deux chemins s'offrent à la vue: l'un en ligne droite, sorte de grande route, bordée de beaux arbres, conduit d'abord à Greux et de là à Domremy en tournant à gauche, quand on atteint la principale rue de Greux; l'autre, n'est à vrai dire, qu'un sentier tracé dans la prairie ; il commence à l'extrémité gauche du pont sur la Meuse qu'on traverse en sortant de Maxey.
C'est cette dernière voie que j'ai choisie et je la recommande à tous ceux qui seront tentés de faire ce patriotique pèlerinage, surtout par un beau temps. Rien de plus charmant.
Le sentier aboutit à la route de Greux à Domremy et bientôt, en suivant cette route, on atteint l'église du village ; puis quelques pas plus loin, l'ancienne maison de Jeanne d'Arc.
C'est dans cette demeure que vint se fixer, au commencement du XVe siècle, Jacques d'Arc, son père, né vers 1375 à Ceffonds, petit village dépendant de l'ab-
(1) Histoire populaire de Jeanne d'Arc par A. F. F. Huin- 1856 p. 156.


9 LA MAISON DE JEANNE D'ARC A DOMREMY

baye de Montiérender (Haute-Marne). A cette époque Domremy était pour ainsi dire exclusivement habité par des laboureurs, quelques pêcheurs et des gardiens de troupeaux.
Le village formait alors une annexe de la commune de Greux. « En 1429, dit M. Vallet de Viriville (Nouvelles recherches sur la famille et sur le nom de Jeanne d'Arc, p. 8), il avait pour seigneur Pierre de Bourlemont, gentilhomme Champenois.
« Domremy était mi-parti quant à la souveraineté ; une portion de territoire et des habitants à laquelle appartenait la famille d'Arc relevait directement du roi de France, et ressortissait à la prévôté d'Andelot, bailliage de Chaumont, comté de Champagne. L'autre ne relevait qu'indirectement de la couronne et dépendait de la prévôté ou Chatellenie de Gondrecourt, qui ressortissait au duché de Bar. »
C'est à raison de cette circonstance qu'une polémique assez vive s'est élevée dans ces derniers temps, sur la question de savoir si Jeanne d'Arc devait être considérée comme Lorraine ou comme Champenoise; le pivot de cette discussion est l'emplacement qu'occupait dans le pays la maison même où elle a vu le jour. Cette question, à nos yeux, n'a qu'une importance bien secondaire et toute de clocher. En effet, les deux provinces qui semblent se disputer la naissance de l'héroïne, ne forment plus actuellement qu'une seule et même patrie, mutilée il est vrai, par la désastreuse guerre de 1870. Jeanne d'Arc (que n'existait- elle encore!) est par-dessus tout Française de cœur et d'esprit et, à ce titre, la France entière a le droit de revendiquer sa gloire et sa nationalité.


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